La cité Pablo Picasso à Nanterre abrite dix-huit tours conçues par l’architecte Émile Aillaud, érigées entre 1973 et 1981 aux portes du quartier d’affaires de La Défense. Ces tours, surnommées « tours nuages », hébergent près de 1 600 logements sociaux répartis entre deux bailleurs, Nanterre Coop’ Habitat et Hauts-de-Seine Habitat. Leur avenir se joue aujourd’hui sur un basculement de modèle : passer du grand ensemble monofonctionnel à un quartier mixte mêlant logements, activités et services.
Tours Aillaud : données clés d’un patrimoine architectural hors norme
Pour mesurer l’ampleur du projet de transformation, un tableau synthétique permet de situer la cité Pablo Picasso dans son contexte urbain et patrimonial.
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| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecte | Émile Aillaud |
| Période de construction | 1973-1981 |
| Nombre de tours | 18 |
| Logements sociaux | Environ 1 600 |
| Bailleurs | Nanterre Coop’ Habitat, Hauts-de-Seine Habitat |
| Surnom courant | Tours nuages |
| Localisation | Quartier du Parc Sud, Nanterre (Hauts-de-Seine) |
| Scénario retenu | Réhabilitation de 17 tours, démolition d’une tour (la plus petite) et de 5 immeubles voisins |
Le choix de réhabiliter plutôt que de démolir les tours Aillaud n’allait pas de soi. Au début des années 2000, la destruction complète figurait parmi les options discutées. La polémique a tranché : 17 tours seront réhabilitées, une seule sera détruite.

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Rénovation des tours nuages de Nanterre : le passage aux tours mixtes
Le programme de renouvellement urbain de la cité Pablo Picasso marque une rupture avec la logique d’origine. Les tours Aillaud ont été pensées dans les années 1970 comme un ensemble exclusivement résidentiel, à l’image des grands ensembles de cette période. La transformation actée par la ville de Nanterre et ses partenaires vise à en faire des tours mixtes combinant logements, activités et nouveaux usages.
Cette orientation s’inscrit dans le Nouveau Programme de Renouvellement Urbain (NPNRU), dont la convention a été signée par l’ANRU, le préfet des Hauts-de-Seine et le maire de Nanterre. Le projet dépasse la simple rénovation thermique ou le ravalement de façades.
Trois axes structurent cette métamorphose :
- L’introduction d’activités économiques et de services dans certaines tours, pour casser la monofonctionnalité résidentielle héritée des Trente Glorieuses.
- La réhabilitation énergétique lourde des bâtiments, un chantier rendu complexe par les formes courbes et les fenêtres circulaires caractéristiques de l’architecture d’Aillaud.
- La démolition ciblée d’une tour et de cinq immeubles le long de l’avenue Pablo Picasso, afin de créer de nouvelles percées urbaines et de désenclaver le quartier.
La ville d’Évreux cite d’ailleurs ce projet nanterrien comme référence pour ses propres opérations de renouvellement urbain, signe que le modèle de « tour mixte » dépasse le cadre local.
Cité Pablo Picasso et architecture Aillaud : pourquoi la forme des tours complique tout
L’architecture d’Émile Aillaud rend la réhabilitation technique singulièrement ardue. Les tours nuages ne ressemblent à aucun autre grand ensemble français. Leurs façades ondulantes, leurs fenêtres rondes, leurs mosaïques colorées composent un vocabulaire formel pensé pour rompre avec la monotonie des barres et tours rectilignes des années 1960.
Cette singularité, qui a valu aux tours Aillaud leur reconnaissance patrimoniale, pose un problème concret : les solutions standard d’isolation par l’extérieur ne s’appliquent pas à des façades courbes. Chaque intervention doit être adaptée à la géométrie particulière des bâtiments, ce qui alourdit les coûts et allonge les délais.

Le photographe Laurent Kronental, qui a documenté la cité Pablo Picasso pendant plusieurs années à travers ses séries « Souvenir d’un Futur » et « Les Yeux des Tours », décrit un contraste saisissant entre le gigantisme des structures et l’intimité des foyers qu’elles abritent. Son travail, mené de 2011 à 2015 puis prolongé ensuite, montre des intérieurs qui contredisent la lecture purement urbanistique du lieu.
Vie quotidienne dans la cité Pablo Picasso : les enjeux derrière la rénovation
Les débats sur l’architecture et le patrimoine masquent parfois les difficultés concrètes des habitants. La cité Pablo Picasso cumule des problématiques de maintenance lourde : pannes d’ascenseurs récurrentes dans des tours de grande hauteur, présence de points de deal, vétusté des parties communes.
La rénovation NPNRU ne se limite pas à un geste architectural. Elle répond à des besoins quotidiens que les habitants formulent depuis des années. Le désenclavement du quartier, par la démolition de certains bâtiments le long de l’avenue Pablo Picasso, vise aussi à modifier les circulations et réduire les zones d’enclavement propices aux trafics.
En revanche, la densité du bâti et le nombre de logements concernés rendent toute intervention longue. Les relogements temporaires, la coordination entre deux bailleurs distincts et les contraintes patrimoniales forment un écheveau administratif que peu de projets de renouvellement urbain en France atteignent à cette échelle.
Relecture culturelle des tours Aillaud : art, photographie et non-fiction
La cité Pablo Picasso fait l’objet d’une relecture croissante par des artistes et auteurs. Le travail de Laurent Kronental a contribué à faire connaître les tours nuages bien au-delà du cercle des spécialistes de l’urbanisme. Ses photographies, qui mettent en scène des habitants âgés dans des décors monumentaux, ont circulé largement dans la presse et les réseaux sociaux.
Des documentaires et des bandes dessinées abordent également le quartier sous un angle sociologique, interrogeant la manière dont un grand ensemble des années 1970 se transforme en objet de mémoire collective. Le documentaire d’Ahmed Tazir, diffusé sur LCP, en est un exemple récent.
Cette production culturelle contribue paradoxalement à la visibilité du projet de rénovation. Les tours Aillaud ne sont plus seulement un problème urbain à résoudre : elles constituent un patrimoine visuel que la réhabilitation devra préserver, au moins dans ses lignes extérieures.
La transformation de la cité Pablo Picasso à Nanterre teste une hypothèse : un grand ensemble monofonctionnel peut devenir un quartier mixte sans perdre son identité architecturale. Les premiers chantiers donneront la mesure réelle de ce pari, entre contraintes techniques liées aux façades courbes d’Aillaud, coordination de deux bailleurs sociaux et attentes d’habitants qui vivent dans ces tours depuis des décennies.

